Il y a quelque mois, avec un de mes frères, nous avons voulu réaliser un investissement immobilier au Sénégal. Nous avions d’abord pensé à Dakar mais le prix exorbitant des terrains –jusqu’à 150 000 CFA le mètre carré aux Almadies- nous a tout de suite refroidi. Nous avons alors décidé de prospecter dans les régions. Un très bon ami m’a alors parlé d’un terrain sur la petite côte pas loin de la mer entre Mbour la station balnéaire de Saly. Ce terrain de 500 m2 proposé au prix très intéressant de 12 millions de francs CFA, ne manquait pas d’atouts. En plus d’être grand, il n’était entouré d’aucune autre propriété, il donnait sur la rue des quatre côtés. Manifestement nous n’étions pas seuls sur le coup : un terrain à ce tarif, situé dans un tel endroit, n’est pas monnaie courante. Il fallait faire vite pour ne pas se faire griller la politesse !
Toutefois, ayant déjà eu des échos sur pas mal d’arnaques sur le foncier au Sénégal, nous nous sommes tout de suite lancés dans une procédure rigoureuse de vérification de légalité du terrain et du sérieux de son propriétaire. Première surprise : la personne qui présentait le terrain comme son bien n’était qu’un intermédiaire, le terrain appartenant en réalité à un Français résident du village de Saly. Ce petit moment de confusion passé, nous avons quand décidé de rester sur le coup (après tout, il n’y a rien de choquant qu’il y ait un intermédiaire pour faciliter une transaction).
Nous sommes alors passées aux phases suivantes :
Est-ce que le terrain est légal ?
Mon ami est alors parti au bureau de l’urbanisme et à la maire de Mbour pour vérifier que le terrain était bien enregistré et qu’il n’y avait aucun litige le concernant. Verdict : le terrain est clean, tous les papiers sont en règles. Petit bémol, l’employé de l’urbanisme trouve quand même le prix proposé bien en deçà des prix pratiqués dans le secteur. Mais bon peut être que le propriétaire faisait face à une conjoncture et qu’il avait impérativement besoin de cash.
Est-ce que le propriétaire est bien le vendeur ?
L’intermédiaire qui a vu que nous étions prêt a mettre la main à la poche n’a pas tardé à nous mettre en relation avec celui que je vais appeler Mr Picard, le propriétaire, sa seule condition étant de ne pas essayer de renégocier le prix.
Mon ami est donc parti à sa rencontre et Mr Picard lui a confirmé qu’il était bien vendeur et d’ailleurs on avait intérêt à se grouiller car il y a un business man libanais de la place qui voulait également prendre le terrain pour en faire une boulangerie.
Etant persuadés de faire « l’affaire du siècle » nous avons décidé d’acheter.
L’opportunité du siècle.
A partir de là notre seule préoccupation était de trouver le moyen le plus efficace et le plus rapide pour faire parvenir l’argent au vendeur. La course contre la montre et contre le libanais était donc lancée…
Après une rapide concertation avec mon frère nous avons décidé de virer les 12 millions (avec un supplément pour les frais de notaire et de mutation) sur le compte bancaire de mon ami qui se chargera de payer le vendeur et de muter le terrain à nos deux noms.
En attendant que le virement arrive dans son compte dans les 3 à 4 jours, mon ami qui n’est jamais trop prudent prend alors l’initiative d’aller faire une petite enquête de proximité auprès des habitants du quartier.
Et là, coup de théâtre !
Le lotissement était en fait le terrain de football des jeunes du quartier que le président Wade avait réquisitionné pour en faire une « case des tout petits »…
Seulement voilà un responsable politique bien intégré dans le parti du président avait réussi à le détourner à son nom propre avant de le vendre à Mr Picard qui lui-même voulait en faire une petite auberge-restaurant. Et lorsqu’il est arrivé avec ses charges de sable et de béton pour construire, les jeunes du quartier se sont dressé comme un seul homme pour faire avorter le projet. Ils ont même créée un comité de vigilance pour que personne ne puisse jamais construire sur ce terrain.
S’étant rendu compte qu’il s’était fait avoir, monsieur Picard essaie de refiler la patate chaude à quelqu’un d’autre… Et mon frère et moi avons bien failli être les dindons de la farce.
Cette histoire pose en tous cas le problème de la fiabilité des titres fonciers au Sénégal. Et même pour les titres « fiables » des propriétaires véreux peuvent s’arranger pour les vendre à plusieurs personnes à la fois.
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Mamadou Sow